Actualités · 1 novembre 2026
Séminaire « Avec les muses. Une contre-histoire de l'auteur, de Calliope à l'IA »
Dans le cadre du projet H-AI TEAM (axe 4, collaboration créative), Alexandre Gefen (CNRS / Sorbonne Nouvelle) anime un séminaire hybride en Sorbonne, les jeudis de 18h00 à 19h30 (salle F007, 17 rue de la Sorbonne, escalier C, deuxième étage), avec diffusion en ligne en parallèle : visio.numerique.gouv.fr/udt-tvmz-hzg. Entrée libre.
Argument
Le geste d’écrire est spontanément représenté comme un face-à-face solitaire : un sujet, une table, une page blanche. Cette image d’Épinal — la « chambre à soi » retournée en cellule du génie — n’est pas une donnée anthropologique mais une construction historique, largement forgée par le romantisme, juridiquement stabilisée par le droit d’auteur, entretenue par l’économie du livre et une certaine idée de la littérature conçue comme un empire dans un empire. L’auteur unique et surpuissant correspond à une idéologie de la littérature située dont ce séminaire entend faire la contre-histoire.
De l’Antiquité à l’intelligence artificielle, on s’intéressera aux pratiques qui contredisent la solitude créatrice et qui font que l’écriture ne peut se dire comme un simple travail individuel. Il en existe au moins deux familles sous le mot « collectif ». D’un côté, l’agentivité répartie entre pairs — duos, salons, ateliers, collectifs contemporains : une écriture à plusieurs, coprésente et négociée, aujourd’hui bien étudiée. De l’autre, et c’est l’autre cœur de l’enquête, l’agentivité déléguée à un autre qui n’est pas un pair : la muse d’abord, figure tutélaire, mais aussi le dieu, le mort, l’inconscient, la langue, le hasard, la machine. Là, l’écrivain ne partage pas le travail avec un semblable ; il se fait canal, médium, secrétaire, éditeur d’une parole qui vient d’ailleurs. Le médium spirite laisse « écrire » les morts ; l’inconscient surréaliste dicte à la main désœuvrée ; « c’est le langage qui parle » (Barthes) ; le générateur, enfin, produit à partir de toute la langue déjà écrite. Muse, spiritisme, automatisme, structure, modèle statistique en sont autant d’avatars, les stations d’une même série. L’intelligence artificielle n’en est pas la rupture mais l’état contemporain : la plus récente des muses.
Le fil conducteur est donc un concept : l’agentivité, et plus précisément l’hétéro-agentivité — la délégation de l’agir créateur à un autre, que ce séminaire nomme, par métonymie, la muse. Chaque séance demande où se loge, dans un dispositif d’écriture donné, la capacité d’agir, et à quelle muse elle est prêtée. Le séminaire considère la littérature comme un laboratoire millénaire de l’agentivité distribuée, incluant des actants non humains bien avant l’IA — ce qui permet de penser ce que devient l’« auteur » quand l’acte créateur cesse d’être imputable à un sujet unique et se redéfinit comme un geste de réception, de curation et de responsabilité.
Programme 2026-2027
- 24 septembre 2026 — Introduction : l’auteur individuel, généalogie d’un mythe (Alexandre Gefen)
- 5 novembre 2026 — Écrire avec les muses (Florence Dupont)
- 3 décembre 2026 — Écrire depuis l’oral (Tristan Mauffrey)
- 21 janvier 2027 — L’auteur anonyme (Marc Escola)
- 4 février 2027 — Le théâtre avant l’auteur (Marie Bouhaïk-Gironès)
- 25 février 2027 — Écrire comme un jeu de société (Karin Kukkonen)
- 25 mars 2027 — Écrire sur le plateau (Cristina de Simone)
- 22 avril 2027 — Écrire un prête-plume (Marie-Ève Thérenty)
- 29 avril 2027 — Écrire à deux voix (Benoît Peeters)
- 13 mai 2027 — Écrire avec le copiste (Nathalie Koble)
- 27 mai 2027 — Écrire à la chaîne (Matthieu Letourneux)
- 10 juin 2027 — Écrire sous plusieurs noms (Lionel Ruffel)
Chaque séance figure dans l’agenda. Une seconde année (2027-2028) sera consacrée à l’inconscient, à l’éditeur, au traducteur, aux lecteurs, à l’archive et au générateur de texte.